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 Arbaïn 2021

Arbaïn 2021

Arbaïn signifie en arabe le quarantième. Ce chiffre fait partie de ceux qui ont un caractère ésotérique dans le chiisme C’est le quarantième jour après la tragédie de Kerbala où l’Imam Hussein, petit-fils de Mohammad (Mahomet dans les pays européens) et ses compagnons furent tués en martyrs le jour de l’Achoura, en l’an 61 du calendrier hégirien, par les troupes du calife Yazid dont l’Imam Hussein contestait la légitimité à gouverner le monde musulman. Cette commémoration marque chaque année pour les chiites la fin du deuil de quarante jours. Ce quarantième jour honorant le martyr de l’Imam Hussein et de ses compagnons est aussi appelé Arbaïn Husseini. L’importance de ce jour est également liée au fait qu’un de ses ex-compagnons rescapé, serait parti de la Syrie vers l’Irak et finalement arrivé avec sa caravane à Kerbala pour l’Arbaïn, le 20 Safar du calendrier hégirien qui sera cette année le 28 Septembre 2021.

Les faits rapportés

 Les textes anciens signalent que les captifs de Kerbala ont vénérés la tombe de l’Imam Hussein en s’inclinant sur la pierre sainte du tombeau.  La commémoration de ce jour est depuis devenu un évènement très important dans la vie des chiites. Une des pratiques les plus recommandées à cette occasion est celle de la Zihara – visite pieuse rendue à un Saint. Cette pratique, selon une tradition attribuée à l’Imam Hassan al Askari est un des signes du chiite fidèle (le Mumin). Selon cet hadith attribué à l’Imam al Askari, la visite de la tombe (ou du tombeau) durant l’Arbaïn est une des plus grandes cérémonies de deuil auxquelles participent les chiites du monde entier. Selon certains savants, la visite pieuse de la journée d’Arbaïn s’appelle également chez les chiites, Maradd ar Ra’s. Ce dernier terme signifiant la restitution de la tête et renvoyant au fait que ce jour de la première visite au martyr, les captifs de Kerbala et autres membres de sa famille avaient regagné le site pour y ramener la tête de l’Imam Hussein afin de l’enterrer.

La marche d’Arbaïn est en quelque sorte l’application de l’hadith cité ci-dessus. Venant aussi bien d’Iran que des pays chiites voisins, Géorgie, Pakistan ou Azerbaïdjan, les fidèles sont appelés en Irak, jusqu’à la ville sainte de Kerbala où se trouve le mausolée de l’imam Hussein.

Cette marche constitue l’une des plus grandes manifestations et processions religieuses musulmanes à travers le monde. En 2013, quelques 20 millions de pèlerins avaient été présents. La même année un rapport avait même mentionné la présence de 15 millions de chiites à Karbala pendant l’Arbaïn lui-même. On sait par ailleurs que se mêlent aux marcheurs chiites d’autres religions tel des sunnites, des chrétiens et des yézidis.

Peinture miniature religieuse

Ampleur de la marche

Si ces chiffres donnent une idée de la popularité religieuse mais aussi symbolique de cette commémoration, la distance accomplie pour se rendre sur les lieux du tombeau du Saint est un autre élément de compréhension important pour se rendre compte de cette ferveur collective. Les visiteurs irakiens marchent de leur propre ville à Kerbala, mais des dizaines voire des centaines de milliers venus notamment d’Iran ont auparavant rallié la ville de Nadjaf., distante de 80 kilomètres. Tout le long de la route, 1482 poteaux distants l’un l’autre de 50 mètres, afin de calculer la distance qui leur reste à parcourir. Avec comme repère, vingt poteaux pour un kilomètre, il faut marcher entre 20 et 25 heures pour parcourir toute la distance entre ces deux villes. Cette distance est parcourue en trois ou quatre jours à raison de huit heures de marche chaque jour.

Cérémonie de marche d'Arbaeen

Les récitations d’Hawsa

Une des mœurs et coutumes des Irakiens sur le chemin de Karbala est la récitation de Hawsa : il s’agit de poèmes spéciaux du sud de l’Irak, qui expriment l’héroïsme et le courage. Ils sont utilisés pour inciter les hommes à accomplir de grandes tâches difficiles. Après la récitation par le poète, les gens récitent un couplet du poème, et avancent en cercle.

Le début de la cérémonie

La cérémonie du deuil commence cinq jours avant Arbaïn par des récitations et les salutations rituelles des Ta’dhiyâ. De nombreux fidèles se frappent le corps en signent d’expiation. Les pèlerins se tiennent près de l’entrée du sanctuaire de l’Imam al-Husayn, récitent une plainte et la répètent tout en se martelant la poitrine. A la fin, ils lèvent les mains en signe de salutation et de respect.

La joie de servir

La symbolique des modalités de déroulement du pèlerinage est simple. Elle tient en quelques mots : “ Il n’y a pas de plus grande récompense que se servir sur le chemin de l’Imam”. Cette notion de service rendu à l’autre en mémoire du sacrifice de sa vie par Hussein pour assurer la victoire du bien sur le mal est en effet essentielle pour comprendre la portée à la fois religieuse, mais aussi morale et du coup socialement structurant du pèlerinage sur l’ensemble de la communauté chiite.

Pendant les journées de procession, les nomades vivant à côté de l’Euphrate installaient de grandes tentes appelées Mawkib ou mudif (chambres d’hôtes) le long de l’itinéraire de la marche. Ils y recevaient les pèlerins, les servaient et les hébergeaient pour qu’ils puissent se reposer. Les communautés religieuses d’Irak installaient de nombreuses “maisons d’hôtes sous tente” et fournissaient également des services gratuits aux pèlerins. La gestion des mawkibs est assurée par des personnes complètement indépendantes du gouvernement.

Nous donnons là ces explications au passé car bien évidemment la pandémie est également passée par là et à l’heure qu’il est nul n’est encore en mesure de prédire ce qui se passera sur place cette année le jour de l’Arbaïn.

A Mehran, le poste frontière Iran / Irak est un des lieux de passage obligés des pèlerins. S’y arrêter donne l’occasion d’apprécier l’extrême diversité de sa composition : hommes jeunes et vieux, femmes, enfants même.  Des tentes rudimentaires s’alignent le long du chemin. On trouve à l’intérieur aussi bien tapis, nattes et coussins pour se reposer, que de véritables ateliers de couturiers bénévoles qui s’installent là pour réparer les tchadors trop longs qui risquent de se salir dans la poussière et la boue de la route, ou tout autre pièce vestimentaire abîmée par le cheminement. Plus loin ce sont des tentes de premier secours qui s’attachent à soulager les corps assoiffés ou épuisés et à panser les pieds nus écorchés par les cailloux du chemin. Ils sont des milliers à se mettre au service de leurs coreligionnaires et à se sentir heureux de le faire puisque leur geste est non seulement une façon d’aider l’autre mais de mettre en pratique la première règle de Hussein lui-même : toujours choisir de faire le bien.Cérémonie d'Arbaeen Hosseini

 

Germaine Le haut Pas 11 Septembre 2021

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Marjan Saboori

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