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 Shiraz

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La Mausolée de Hafez

De grand matin je m’en fus au jardin cueillir une rose.
Soudain me vint à l’oreille la voix d’un rossignol. HAFEZ Ghazal 456

C’est  en se rendant physiquement sur place et en découvrant à son tour le bâtiment que le visiteur étranger pourra tout à la fois se rendre compte de l’importance de la poésie au cœur des iraniens, mais aussi du rôle et de la place symbolique que ce poète-ci joue aujourd’hui encore dans la culture non seulement d’une élite lettrée mais de l’ensemble de la population.

Il n’est que d’arriver tôt le matin, avant que la chaleur n’étouffe l’enivrant parfum des milliers de roses des parterres fleuris, tandis que les rossignols se désaltèrent en chantant dans le bassin qui fait face à l’ensemble du Hafézieh* et que les premiers rayons du soleil se posent sur le marbre étincelant de blancheur du tombeau lui-même, pour se sentir happé par la ferveur magique de l’endroit. Ça et là, quoique discrets quelques visiteurs sont déjà là et récitent à voix plus ou moins haute un des ghazals* de l’immense  Diwan* de leur hérault: leurs voix se fondent dans le décor sonore comme le chant des rossignols et le gazouillis des jeux d’eau.

Recueillis dans leur hommage les passants ne font un instant plus qu’un avec celui qu’ils sont venus honorer et la beauté de la pierre où s’inscrit un de ses ghazals* prolonge encore la sensation d’exception de l’instant. Ainsi ne sommes nous pas en présence du recueillement dû à un défunt très ancien mais face à une véritable célébration sinon amoureuse, du moins éminemment émotionnelle réservée à un proche.

Le peuple iranien est sentimental et souvent irrationnel. Chez lui  une part très profonde est sensible au pouvoir quasi divinatoire dont serait dotée la poésie de HAFEZ. Est-ce d’ailleurs pour cela que des foules de jeunes et moins jeunes admirateurs se succèdent ensuite autour du Haféziya* tout au long de la journée mais on aime à rappeler que son célèbre “ Diwan” était utilisé naguère comme aide à la “divination populaire”. Les iraniens posaient une question concernant un fait en ouvrant au hasard le “Diwan” et le poème qui figurait alors sur la page ouverte pouvait être interprété comme une réponse à la question! Lorsqu’on voit de nos jours encore, le nombre et la ferveur des visiteurs, on ne peut que constater l’extrême proximité que tous entretiennent ici avec une poésie vivante qui reflète une part de leur identité et ce ne sont pas non plus les musiciens comme le fameux groupe de rock O’HUM qui improvise depuis 1999 sur des paroles de Hafez qui diront le contraire.

Le conception du lieu lui-même incite au rassemblement tranquille et à la célébration harmonieuse. Rien n’est donc ici dû au hasard. Le bâtisseur savait ce qu’il faisait.

Véritable écrin de beauté dédié à celui dont le nom, HAFEZ, signifiait le “gardien” car il connaissait et récitait par cœur le Coran, ce mausolée est toutefois en effet aussi le témoin d’une histoire mouvementée sur laquelle il convient de revenir pour en apprécier tout le charme.

Soixante ans après la mort de HAFEZ et 856/ 1452, le gouverneur timouride de Fars, ABDUL’QASEM MIRZA BABOR ordonna à son vizir, SHAMS od DIN d’ériger un dôme autour de la tombe d’Hafez qui se trouvait déjà à l’époque dans les jardins MUSSALLA*. Devant il fit également construire un grand bassin qu’alimentait l’eau du Roknabad.

Plus tard, en 1771, KARIM KHAN ZAND agrandit  à son tour le site et fit en fermer les abords. Il construisit un autel dans le style des palais qu’il affectionnait avec notamment quatre lourdes colonnes de pierre, ouvert côté Nord et côté Sud et augmenté à l’Est et à l’Ouest de deux grandes pièces. Le bâtiment comprenait dès lors deux espaces bien distincts: le Naranjestan par devant et le Golestan par derrière. C’est lui qui fit placer sur la tombe la plaque de marbre blanc  dont il est ici question plus haut. La tombe de Hafez était donc derrière à l’extérieur, au milieu du Golestan qui faisait office de cimetière et où étaient enterrées d’autres personnalités persanes.

Le lieu connut diverses vicissitudes ensuite jusqu’en 1310/1931, où , sous le règne de REZA SHAH, le gouverneur général d’Ispahan et de Fars, FARAD ALLAH BAHRAMI DABU fit construire un grand portail de pierre sur le mur Sud du Mausolée.

En 1935, ce fut ensuite le ministre de l’Education qui confia au directeur du département des Antiquités, le français ANDRE GODARD  qui était architecte, la construction d’un nouveau bâtiment.

le Mausolée de Hafez

ANDRE GODARD constitua son équipe en s’entourant d’autres spécialistes des antiquités persanes, et notamment d’un certain MAXIME SIROUX.

Ce dernier avait étudié des années durant non seulement l’architecture mais les anciennes mosquées et connaissait bien la région de Shiraz et de Fars. Également archéologue, il déchiffrait parfaitement l’architecture persane puisqu’il avait notamment consacré un premier ouvrage aux “Caravansérails d’Iran et autres petites constructions routières” et un second intitulé « Évolution des antiques mosquées rurales de la région d’Ispahan ». Il était donc l’homme de la situation.

Au dessus de la pierre tombale de HAFEZ, un mètre au dessus donc  du sol et entouré par cinq marches circulaires il fit poser un dôme de cuivre qui ressemblait à un chapeau de derviche, soutenu par huit colonnes hautes de dix mètres. L’intérieur du dôme fut tapissé de mosaïques polychromes et c’est là, sur huit pierres que le début d’un des fameux ghazals fut gravé. Le hall aux quatre colonnes de KARIM KHAN ZAND fut intégré à une nouvelle entrée spacieuse avec seize colonnes supplémentaires et les quatre colonnes originelles en occupent toujours aujourd’hui le centre.

L’architecte implanta à côté une bibliothèque, comportant 10 000 ouvrages consacrés à HAHEZ et réservés au centre d’enseignement et d’études dédié adjacent. Là aussi, face au côté extérieur de l’entrée, un ghazal inscrit en mosaïque bleu azur. Comme le sont d’ailleurs toutes les autres façades.

La partie Sud du Hafeziya* devait constituer le jardin d’entrée avec ses orangers, les deux grands jardins de fleurs, des allées et un cours d’eau. Pour finir, MAXIME SIROUX choisit de faire recouvrir le fond du  bassin avec des pierres provenant du Palais du Divan de KARIM KHAN ZAND. Hommage au premier bâtisseur qui lui-même rendit le premier hommage à celui qui tout en rendant grâce à son créateur sut dès le départ traduire l’âme d’un peuple qui aimait les fleurs, les rossignols et la musique des mots.

*ghazal: poème fait de dystiques qui tenant chacun à être à leur tour un poème

“ Par la vie de l’Aimé, le chagrin ne voius déshonorera pas si vous faites confiance aux faveurs de Qui résoud toutes difficultés”

* Diwan: c’est le nom commun donné à toute l’oeuvre de Hafez; il signifie ‘recueil de poèmes’

* Hafeziya: terme générique conféré à l’ensemble du site

(à suivre)
Anne Doeux
14 Avril 2021

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Marjan Saboori

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